Tour de France des cépages rares : entre survie et renaissance
Savoie : Persan, Mondeuse Blanche et autres sentinelles alpines
En Savoie, les contours imposants des montagnes veillent sur des cépages oubliés. Le persan, longtemps connu sous le nom de “prince noir de la Maurienne”, a frôlé l’extinction. Son vin se distingue par un fruit profond, des tanins fins et des notes de violette et de poivre. Parfait après quelques années de garde, il offre une bouche tendue et sapide, oscillant entre la fraîcheur alpine et la générosité du fruit mûr (voir Vins de Savoie – Maison de la Vigne et du Vin de Savoie).
La mondeuse blanche, quant à elle, n’est même pas une mutation de sa cousine rouge. Ce cépage quasi unique (moins de 3 hectares recensés selon FranceAgriMer) donne des blancs salivants, délicats, équilibrant des arômes de poire et de fleurs blanches par une acidité cristalline. Des vignerons comme Dominique Belluard ont ressuscité la gringet à Ayse, apportant aussi leur pierre à l’édifice du patrimoine savoyard.
- Auvergne : On y relève également le sacy (vin blanc léger parfois appelé “tressallier” dans l’Allier), cépage à la vivacité rafraîchissante, idéal sur une truite fumée ou un fromage frais.
Loire : Romorantin, Pineau d’Aunis et grolleau gris
En Loir-et-Cher, le romorantin ne survit plus qu’à Cour-Cheverny. Sélectionné par François Ier en 1519, il couvrait naguère une bonne part du Val de Loire. Aujourd’hui, 60 hectares à peine, tenus par une poignée de vignerons passionnés (source : Vins du Val de Loire). Ce blanc singulier conjugue vivacité, minéralité, notes de coing, d’agrumes, parfois une pointe de cire d’abeille, qui évoluent jusqu’à la truffe avec l’âge.
Le pineau d’aunis a connu ses heures de gloire du Moyen-Âge à la cour d’Angleterre, puis l’oubli. Sa robe rubis claire s’orne d’arômes de poivre, de fraise des bois et de sous-bois. Il séduit aujourd’hui une nouvelle génération de vignerons en quête de vins de fraîcheur, digestes, parfois élevés en amphore pour plus d’éclat. À découvrir sur un carpaccio de bœuf ou des rillons tièdes.
Ces régions recèlent aussi le grolleau gris, original par ses arômes floraux, sa légèreté, tout en nervosité, parfait pour des apéritifs de printemps.
Corse : Biancu Gentile, l’immortel blanc au parfum d’île
Sur l’île de beauté, les cépages typiques s’opposent à l’hégémonie continentale. Le biancu gentile, réhabilité il y a tout juste vingt-cinq ans, avait quasiment disparu (moins de 5 ares recensés en 1995 !) Aujourd’hui, il regagne ses crêtes. Au verre, la magie opère : au nez, des fragrances de fleur d’amandier, de zeste de citron confit, d’herbes du maquis ; en bouche, une matière ample et nette, vibrante, presque saline. C’est la Corse, toute en tension et en aromatique, qui s’exprime en blanc (source : Revue du Vin de France).
Sud-Ouest : Fer Servadou, Prunelart et Ondenc
- Fer Servadou, appelé Mansois à Marcillac, donne des vins denses, concentrés, sur la mûre sauvage, la violette, et une mâche tanique bienveillante. Reconnu pour sa rusticité, il offre une superbe alternative aux puissants Bordeaux du Sud-Ouest.
- Ondenc, relancé à Gaillac, séduit par sa finesse, ses parfums délicats de poire, de pêche blanche et d’herbes fines. Ce raisin fragile dépasse rarement 20 hectares en France.
- Prunelart, autre fantôme de Gaillac (moins de 10 ha), fut utilisé jadis pour muscler les assemblages.
Languedoc et Provence : Picpoul Noir, Counoise, Tibouren et autres variétés éparpillées
- Picpoul Noir : Sœur oubliée du fameux picpoul blanc de Pinet, ce cépage ne couvrait plus que quelques ares en 2000. On lui trouve aujourd’hui quelques cuvées confidentielles, marquées par la fraîcheur, les épices douces et une finale herbacée.
- Counoise : Principalement utilisée à Châteauneuf-du-Pape, elle reste marginale ailleurs. Elle apporte fruit frais, élégance, et une belle buvabilité dans les assemblages sudistes.
- Tibouren (Provence) : Cépage vedette des rosés de Saint-Tropez, il offre, en pur, de rares rouges souples, fins, au nez de thym, de garrigue et d’agrumes.